Quand le graffiti à Montréal devient politique

Le 7 juin (2011), au centre-ville de Montréal, la police a abattu deux personnes, dont le suspect, armé d’un couteau, et un passant innocent, tué d’une balle reçue au torse, lors d’une intervention armée. Peu de temps après, Solutions Graffiti a été appelée à nettoyer des graffiti haineux, ciblant la police, qui ont fait leur apparition un peu partout à Montréal, dont plusieurs aux environs du Canal Lachine

Dans un monde où les gens ont parfois peur de s’exprimer, de se faire entendre, de déplaire – où les gens évitent de se prononcer par peur de se faire catégoriser ou refuser un emploi dû à une opinion émise sur Facebook, le graffiti, qui fournit non seulement une plateforme accessible, mais aussi un impact assuré et un anonymat, est depuis longtemps un moyen de protestation privilégié.

C’est un geste gratuit, certes, ainsi que du vandalisme.

Dans le cas présent, il est à se demander s’il s’agit d’un brave geste de protestation, ou d’un geste peureux, l’auteur choisissant de se cacher et de préserver l’anonymat au lieu d’être identifié – autant par ses partisans que par ses détracteurs (et la police). En même temps, quelles sont les options de prise de parole publique pour quelqu’un qui n’est pas impliqué dans un milieu politique.

Quelqu’un aurait-il une idée pour trouver une réelle plateforme – un moyen de communication – où les gens peuvent s’exprimer honnêtement envers les autorités, afin d’être entendus, et d’engager un dialogue constructif, qui est encore le meilleur moyen d’initier tout changement social positif.

Au Québec, rares sont les gens qui se lèvent pour dénoncer l’autorité ou l’injustice de façon logique, intelligente et efficace. Lorsque quelqu’un le fait, cette manifestation est souvent rencontrée avec apathie ou mépris. Comme si nous espérions toujours que quelqu’un d’autre règle nos problèmes, sans chicane. Que quelqu’un d’autre prenne l’initiative. C’est vrai qu’il est moins épeurant d’être gérant dans les estrades que d’être un joueur sur le terrain.

Dans le cas présent, le graffiti haineux agit de la même façon. Malgré l’impact évident du message, lu par des milliers, l’anonymat du geste l’empêche d’être pris au sérieux, et son auteur sera malheureusement un simple vandale, au lieu d’être un réel agent et instigateur du changement. Dommage.